Faire de vos Émotions votre meilleure alliée.
- Pascal Mélaine
- 18 déc. 2025
- 3 min de lecture

Dans nos vies personnelles comme dans la sphère professionnelle, les émotions sont souvent mal comprises. Tantôt refoulées par "professionnalisme", tantôt subies comme une tempête, elles restent pourtant le principal moteur de nos décisions.
Comprendre ce qui se joue en nous n'est pas un acte de faiblesse, mais une preuve de lucidité et d'intelligence situationnelle. Que vous soyez dirigeant, parent ou simplement en quête d'équilibre, voici comment transformer ce "bruit" émotionnel en une information précieuse.
1. Qu'est-ce qu'une émotion ?
Contrairement aux idées reçues, une émotion n'est ni positive, ni négative : elle est utile.
C’est une réaction passagère, un signal physiologique déclenché non pas par la réalité elle-même, mais par l'interprétation que nous en faisons (selon notre vécu, nos croyances, notre éducation). Comme les voyants sur un tableau de bord, elles clignotent pour nous transmettre une information vitale sur la satisfaction (ou non) de nos besoins.
Paul Ekman, pionnier en la matière, a identifié 6 émotions fondamentales. Voici comment les décoder pour agir :
La Colère n'est pas une simple agressivité : c'est une réaction de protection. Elle signale une frustration, une injustice ou une invasion de votre territoire. Elle sert à poser des limites.
La Peur est une émotion d'anticipation. Elle signale un danger ou un enjeu important. Elle prépare à l'action ou à la vigilance.
La Joie est un moteur. Elle valide la réussite d'un projet ou la satisfaction d'un désir, augmentant ainsi notre énergie et notre confiance.
La Tristesse accompagne la perte ou le changement. Elle nous oblige à ralentir pour "digérer" une transition.
Elles servent de matériau de base à l'élaboration d'autres émotions dites secondaires.

L'erreur classique ? Tenter de supprimer l'émotion (le voyant rouge) plutôt que de traiter le message qu'elle envoie. Une émotion niée ne disparaît pas ; elle se stocke, s'enkyste et finit par piloter nos comportements à notre insu.
2. Quand la peur porte un masque
C'est ici que le travail devient fascinant, notamment dans le monde du travail. Souvent, nous consultons pour les conséquences (stress, burnout, conflits) sans voir la cause racine.
Nos peurs profondes, souvent héritées de notre histoire personnelle, sont des expertes du déguisement. Elles avancent masquées derrière des comportements socialement acceptables, mais épuisants :
Au bureau : La peur de l'incompétence ou de l'humiliation se transforme en perfectionnisme, en hyper-contrôle ou en difficulté à déléguer. C'est le terreau du fameux "syndrome de l'imposteur". On ne travaille plus pour réussir, mais pour éviter la catastrophe imaginaire d'être "démasqué".
Dans le privé : La peur du rejet ou de l'abandon peut nous pousser à nous effacer pour plaire (le "People Pleaser") ou, à l'inverse, à rejeter l'autre avant qu'il ne puisse nous blesser.
Ces mécanismes étaient utiles autrefois pour nous protéger. Aujourd'hui, ils sont devenus des freins qui limitent notre potentiel de leadership et notre épanouissement relationnel.
3. Comment reprendre la main ?
Comment passer de la réaction automatique à la réponse consciente ? Voici une méthode simple en trois temps pour désamorcer ces mécanismes, inspirée des approches thérapeutiques (Hypnose, EMDR).
Étape 1 : Le Scan (Arrêter le film)
Dès qu'une tension survient (avant une réunion, lors d'une dispute), faites une pause. Ne cherchez pas à analyser intellectuellement.
Écoutez le corps : Où est la tension ? Boule au ventre ? Gorge serrée ?
L'émotion est d'abord physiologique. L'observer sans la juger permet de stopper l'emballement mental.
Étape 2 : Le Forage Vertical (Trouver la racine)
Derrière la peur de surface se cache souvent une peur plus ancienne. Posez-vous la question en cascade : "Si ce que je crains arrive, quelle est la pire conséquence ?"
Exemple : "J'ai peur de rater cette présentation."
Et si ça arrive ? "Mon patron sera déçu."
Et s'il est déçu ? "Je vais perdre ma crédibilité."
Et si je perds ma crédibilité ? "Je ne vaux plus rien / Je suis en insécurité."
Vous venez de passer d'un problème de "PowerPoint" à un sujet d'estime de soi. C'est sur cette racine qu'il faut agir.
Étape 3 : L'Accueil et l'Action (Micro-pas)
Ne luttez pas. Dites intérieurement à cette part de vous : "Je te vois. Merci d'essayer de me protéger, mais je reprends les commandes." Ensuite, mettez-vous en mouvement par une action minime mais concrète : passer ce coup de fil, dire "non" calmement, exprimer un besoin. L'action est l'antidote de la peur.
En conclusion.
Identifier ses émotions et ses peurs profondes n'est pas un exercice intellectuel, c'est un chemin de libération.
Cependant, comprendre pourquoi on a peur ne suffit pas toujours à ne plus avoir peur. Lorsque les blocages sont trop anciens ou traumatiques, la volonté seule atteint ses limites. C'est là que l'accompagnement thérapeutique (via l'Hypnose Ericksonienne ou l'EMDR) prend tout son sens : non pas pour vous changer, mais pour "désactiver" les vieux programmes de protection qui n'ont plus lieu d'être.
Vos émotions sont vos meilleures alliées, à condition d'apprendre leur langage.
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