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TRAUMATISME ET CERVEAU : POURQUOI LE CORPS N'OUBLIE PAS.

  • Pascal Mélaine
  • 9 déc. 2025
  • 4 min de lecture

L'Empreinte Invisible : Comprendre comment le Traumatisme réorganise votre Cerveau et votre Corps.


Il arrive souvent que l'on me dise en consultation : "C'était il y a des années, je devrais être passé à autre chose." Ou encore : "Je ne comprends pas pourquoi je réagis aussi violemment à une situation aussi banale."

Si ces phrases résonnent en vous, sachez une chose fondamentale : ce n'est pas un manque de volonté de votre part. 

Ce n'est pas une faiblesse de caractère. C'est de la biologie.

En tant que thérapeute, je constate chaque jour que le traumatisme n'est pas simplement un "mauvais souvenir" que l'on pourrait effacer avec un peu d'effort. C'est une réorganisation physiologique de la façon dont votre cerveau gère le danger et dont votre corps stocke l'information.

Comprendre ce mécanisme, c'est arrêter de se blâmer pour commencer à s'apaiser. Explorons ensemble ce qui se passe réellement en nous lorsque l'impensable survient.

 

1. Le Cerveau en État de Siège : Quand la Tour de Contrôle Disjoncte.

Pour comprendre le traumatisme, il faut imaginer notre cerveau comme une tour de contrôle sophistiquée. En temps normal, les informations circulent fluidement entre nos différentes zones. Mais lors d'un choc émotionnel intense ou d'un stress répété, le circuit saute. Le cerveau bascule instantanément en mode survie : fuite, combat, ou sidération.

Voici ce qui se joue précisément à l'intérieur de vous :


L'Amygdale : « Le détecteur de fumée bloqué sur "ON" »

Au cœur de votre cerveau se trouve l'amygdale. C'est votre sentinelle. Sa fonction unique est de repérer le danger. Lors d'un traumatisme, elle s'active si intensément qu'elle peut rester "bloquée". Même des années après, ce détecteur reste hypersensible. Une odeur, un bruit, ou une simple intonation de voix peuvent déclencher une fausse alerte. Pour votre amygdale, le danger passé est toujours présent.


L'Hippocampe : « L'archiviste débordé »

Normalement, l'hippocampe classe nos souvenirs dans le temps : "Ceci est arrivé hier, c'est fini." Sous l'effet du stress traumatique, l'hippocampe est chimiquement inhibé et se déconnecte partiellement. Résultat ? Le souvenir ne reçoit pas l'étiquette "PASSÉ". Il reste flottant, brut, sensoriel et fragmenté. C'est pour cela que les flashbacks ne sont pas de simples souvenirs : ce sont des reviviscences. Lorsque vous y repensez, votre cerveau croit que l'événement se reproduit maintenant.

 

Le Cortex Préfrontal : « La raison mise hors service »

C'est la partie de votre cerveau responsable du raisonnement et de l'analyse. Sous le choc, elle s'éteint temporairement. Elle n'arrive plus à relativiser ou à mettre des mots sur le vécu. C'est pourquoi on peut se sentir "irrationnel" ou "plus soi-même" après un choc. Ce n'est pas mental, c'est neurobiologique.



2. Quand le Corps tient le Score

Le traumatisme ne s'arrête pas au cou. Le corps et l'esprit faisant partie d'un même système cybernétique, ce qui affecte l'un affecte inévitablement l'autre. Comme l'explique le psychiatre Bessel van der Kolk : "Le corps n'oublie rien".


Lorsque le cerveau reste en alerte, il inonde l'organisme d'hormones de stress. À long terme, cet état d'urgence permanent épuise le système et crée un "programme corporel" de défense :

  • Le système nerveux en hypervigilance : Impossible de se détendre, le moindre bruit fait sursauter, le sommeil est haché.

  • Le système musculaire figé : Le corps garde des tensions chroniques, des "cuirasses", comme pour se protéger d'une attaque invisible.

  • L'épuisement général : L'énergie vitale est détournée vers la survie immédiate au détriment de la digestion, de l'immunité et de la réparation cellulaire.

 

 

3. Les Signes que le passé est encore présent.

Il n'y a pas de "petit" ou de "gros" traumatisme. Il n'y a que ce qui a dépassé votre capacité d'intégration à un instant T. Voici les manifestations les plus fréquentes qui indiquent que la "boucle" n'est pas bouclée :

  • Sur le plan émotionnel : Anxiété soudaine, irritabilité, peurs inexpliquées, sentiment de vide ou hypersensibilité.

  • Sur le plan corporel : Fatigue qui ne passe pas, migraines, douleurs inexpliquées par la médecine, troubles digestifs.

  • Sur le plan comportemental : Besoin de tout contrôler, évitement de certaines situations, procrastination ou difficultés relationnelles.

Ces signes ne sont pas des défauts. Ce sont des mécanismes de protection qui n'ont simplement pas été mis à jour.

 


4. Au-delà de la volonté : Comment réparer les circuits ?

C'est ici que la compréhension est cruciale : on ne guérit pas d'un traumatisme par la simple volonté. Dire à une personne traumatisée de "lâcher prise" est inefficace, car la partie rationnelle de son cerveau est souvent déconnectée.

Pour "réparer" ces circuits, nous devons parler le langage du cerveau émotionnel. C'est tout le sens de mon accompagnement.


La puissance de l'Hypnose et du TTMO (proche EMDR)

En utilisant des techniques comme l'Hypnose Ericksonienne ou le TTMO (Traitement des Traumatismes par les Mouvements Oculaires), nous ne cherchons pas à effacer le souvenir, mais à le ranger.

Grâce à la neuroplasticité (la capacité du cerveau à se remodeler), nous pouvons :

  1. Désensibiliser l'émotion : Les stimulations bilatérales permettent de "digérer" la charge émotionnelle bloquée.

  2. Transférer l'événement : Faire passer le souvenir de la mémoire vive (présent perpétuel) vers la mémoire à long terme (passé révolu).

  3. Restaurer la sécurité : Apprendre au corps qu'il n'a plus besoin d'être en alerte constante.

 

En conclusion : Le traumatisme ne vous définit pas

Le traumatisme raconte ce que vous avez vécu, pas qui vous êtes. La thérapie, elle, raconte ce que vous choisissez de devenir.

Accepter de se faire accompagner n'est pas un aveu d'échec, c'est un acte de courage et de bienveillance envers soi-même. Vous n'êtes pas "cassé" ; votre système a simplement besoin d'aide pour quitter le mode "survie" et retrouver le mode "vie".

Si vous sentez que le passé empiète trop sur votre présent, sachez qu'il existe des solutions douces, concrètes et transformatrices.

Chaque histoire est unique. Si cet article a éveillé en vous des questions ou le besoin d'avancer, mon cabinet vous est ouvert pour en discuter en toute sécurité et sans jugement.

 
 
 

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